- Nous allons faire tout ce qui est humainement possible pour vous guérir, Madame.
Le regard de la dame alterne entre les deux équipes médicales.
- Quand pourrais-je me présenter?
- Voyons... Et bien, mardi, dans deux semaines. Vous verrez les modalités avec le secrétariat.
La réponse venait du docteur Lenoir. Les trois autres hommes acquiescèrent.
- J'ai une dernière question, reprit la dame. Qui va s'occuper de mon opération?
- Cela, chère Madame, est laissé à votre choix.
Elle hésita.
- Je voudrais que ce soit l'équipe du docteur Leblanc.
- Mais bien sûr, répondit le docteur Lenoir. Jusqu'au bout, j'ai pourtant cru que vous feriez un autre choix.
La dame croisa les bras sur sa poitrine, prise au dépourvu. Le docteur poursuivit.
- Vous êtes arrivée ici avec votre petite sacoche colorée au bras, qui semblait avoir été cousue par une de vos nièces. J'ai pensé que vous étiez différente.
- Je ne comprends pas..., dit la dame.
- Ensuite, vous avez proclamé votre végétarisme, et j'aurais dû me douter que le défi dans votre ton ne cadrait pas.
La dame eut soudain l'air gêné. Les paroles amères de l'homme en face d'elle commençaient à faire effet. Le médecin entama sa plaidoirie finale.
- Que pensez-vous vraiment qu'il va se passer, si c'est eux qui vous opèrent, Madame?
Le ton était grave, presqu'implorant. On sentait le regret, non de la perte d'une patiente, plutôt d'une carrière qui n'aboutissait pas.
- Quand ils vont vous ouvrir, reprit-il, et détecter des métastases ici ou là, que pensez-vous qu'ils vont faire, les médecins ce cette équipe? Ils vont recoudre, et lorsque vous ouvrirez les yeux un peu plus tard, ils vous donneront un délai, après lequel vous ne serez plus.
- ...
- Tandis que nous, Madame, nous étudierons la situation avec tout autant de précision avant de vous refermer. Mais, pendant que vous dormirez, nous reporterons nos observations dans nos chartes de correspondances. Nous comparerons les développements avec les notes relevées en thérapie par nos collègues, car c'est comme cela que nous fonctionnons. Et lorsque vous vous réveillerez, nous n'aurons pas de délai à vous donner. Juste des questions à vous poser.
La dame s'était redressée dans le fauteuil.
- Comment cela? dit-elle.
- Le temps qu'il vous restera à vivre dépendra de nous, et, pour une partie considérable, de vous. Nous vous dirons: il y a du travail, et si vous êtes décidée à vous battre, vous pouvez guérir. Mais je crois que vous n'êtes pas encore prête pour cela. Je ne vous en blâme pas. Bonne chance, Madame.
Après avoir prononcé ces paroles, le praticien se leva et quitta la pièce. Il ne ferma pas la porte derrière lui.
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